Les 5 minutes de maman et papa

15 juin 2020

Le cerveau de l'enfant

La recherche scientifique a fourni la preuve : la relation de bienveillance est une condition nécessaire au bon développement du cerveau des enfants. Catherine Gueguen, pédiatre spécialisée dans l’éducation, passe en revue les différents processus qu’elle favorise.

En 2013, la psychologue Rebecca Waller, de l’université d’Oxford, a fait le bilan de 30 études sur les éducations punitives et sévères. Et conclu que leurs effets sont déplorables et totalement contraires au but recherché. Ce type d’éducation n’améliore pas le comportement de l’enfant et de l’adolescent mais le rend insensible, dénué d’empathie, et entraine souvent des conduites antisociales (agressivité, délinquance, toxicomanie). A l’inverse, une relation empathique, bienveillante, soutenant, est la condition nécessaire pour que le cerveau de l’enfant se développe de façon optimale.

En effet, le cerveau de l’enfant est fragile, malléable et immature. Chaque expérience affective ou relationnelle modifie en profondeur ses neurones et leur myélinisation, ses synapses, ses molécules cérébrales, ses structures et circuits cérébraux et même l’expression de certains gênes.

Les récentes découvertes sur le développement du cerveau affectif et social nous apprennent qu’une grande partie de cet organe est dévolue aux relations sociales, aux émotions et aux sentiments. De très nombreux circuits et structures cérébrales y participent : le cortex préfrontal, l’amygdale, l’hippocampe, l’insula, l’hypothalamus… Ces avancées majeures nous aident à mieux comprendre l’enfant et nous éclairer sur les conditions nécessaires à son épanouissement.

Qu’entend-on par bienveillance ?

Etre bienveillant, c’est porter sur autrui un regard compréhensif, c’est-à-dire empathique, sans jugement, souhaiter qu’il se sente bien et y veiller. Ce n’est pas du tout être laxiste. Beaucoup d’adultes confondent les deux ! Comprendre l’enfant, l’apaiser, le câliner ne signifie pas céder à toutes ses envies. L’enfant a absolument besoin d’un adulte qui lui transmette des valeurs, lui donne des repères, un cadre, mais seule une attitude empathique patiente, douce lui permettra d’entendre ses remarques, d’intégrer progressivement ses messages. Plus l’enfant a bénéficié d’empathie, moins il est nécessaire de le « recadrer ».

Les trois cerveaux

Le cortex orbito-faciale (COF), la partie du cortex préfrontal qui contrôle nos émotions et nos impulsions, et les circuits neuronaux reliant celui-ci au cerveau archaïque (ou reptilien) et au cerveau émotionnel (ou limbique) ne commencent à maturer qu’entre 5 et 7 ans. Avant 5 ans, l’enfant est dominé par son cerveau archaïque et son cerveau émotionnel. Il est incapable de réguler ses émotions. Il tempête pour obtenir ce qu’il aime, est traversé par des peurs incontrôlées, des colères explosives et d’immenses chagrins. Il ne s’agit pas de caprices, ni de troubles pathologiques du développement dû à l’immaturité du cerveau. Entre 1 et 3 ans, notamment, si l’enfant se trouve dans une situation qui le met en état d’insécurité, si ses besoins fondamentaux (d’affections, d’attention, de jeu, de calme, etc.) ne sont pas satisfait, il peut répondre par l’agressivité, la fuite ou la sidération. S’il a peur, par exemple, son cerveau archaïque – que nous possédons en commun avec les reptiles et les poissons – le fait réagir instinctivement et il peut se montrer agressif. Or l’attitude des adultes, si elle est  bienveillante, favorise la maturation du cortex orbito-frontal et des circuits cérébraux, ce qui l’aide à gérer les émotions envahissantes Ces tempêtes émotionnelles diminuent alors progressivement, vers 5-6 ans. L’enfant parvient plus rapidement à maîtriser les impulsions de son cerveau archaïque. C’est donc l’entourage qui rend l’enfant « raisonnable ».

L’action des hormones du stress

Durant ses premières années de vie, l’enfant ne peut pas s’apaiser seul. Quand on le laisse face à se détresse ou sa colère, l’amygdale cérébrale active la sécrétion de molécules du stress, cortisol et adrénaline. Or, le cortisol est extrêmement toxique pour le cerveau de l’enfant. Un taux élevé ou prolongé de cette hormone peut détruire des neurones dans des zones essentielles du cerveau : cortex préfrontal, hippocampe, corps calleux, cervelet et conduire, à terme, à de nombreux troubles du comportement (agressivité), à de l’anxiété, à des difficultés d’apprentissage.

Apaiser les émotions de l’enfant par le contact physique, mais aussi en l’aidant à les verbaliser, favorise la maturation des lobes frontaux et des circuits neuronaux. L’amygdale cérébrale, le système nerveux sympathique, la surrénale qui participent à la sécrétion des molécules de stress se mettent au repos. Le taux de cortisol et d’adrénaline diminue.

Le rôle de l’hippocampe

L’hippocampe est l’une des structures cérébrales dévolues à la mémoire et à l’apprentissage. Quand on encourage l’enfant, son hippocampe augmente le volume, ses neurones et ses synapses se développent mieux, par l’intermédiaire du facteur neutrophique : il apprend mieux et mémorise davantage. En revanche, quand l’hippocampe est endommagé par un trop fort taux de cortisol, la mémoire et les capacités d’apprentissage sont altérées. Quand un enfant entend : « Tu n’y arriveras pas, tu es un incapable », la peur de l’échec l’inhibe totalement, il n’ose pas prendre de risques et vivre pleinement.

L’hormone du plaisir à vivre

Quand l’enfant entreprend une activité avec enthousiaste, il sécrète de la dopamine, molécule du plaisir à vivre et de la motivation, et déculpe ses facultés d’apprentissage Aussi est-il important d’encourager l’enfant à explorer, expérimenter, découvrir, créer, vivre intensément, en s’adaptant à son âge, bien sûr, et à ses envies ; de l’accompagner dans ses efforts pour qu’il ne se décourage pas, malgré les difficultés, les erreurs, les échecs ; de lui faire confiance et de lui laisser un espace de liberté pour qu’il tâtonne, se trompe et rebondisse, apprenne à se connaitre et à faire les choix qui lui conviennent.

L’hormone de l’empathie

L’ocytocine est une molécule de l’empathie, de l’amour, de l’amitié. Elle est sécrétée par celui qui fait preuve d’une attention bienveillante, mais aussi par celui que la reçoit. Elle agit sur les structures cérébrales qui nous permettent de décrypter l’expression des yeux, du visage et… renforce l’empathie ! Un cercle vertueux. Elle est indispensable pour être pleinement vivant et heureux. Sécréter de l’ocytocine procure un sentiment de bien-être, d’apaisement et favorise la sociabilité, des relations amicales et amoureuses satisfaisantes. Adopter une attitude bienveillante et chaleureuse envers un enfant stimule aussi sa sécrétion de dopamine, d’endorphines et de sérotonine, ce qui fait maturer son cortex orbito-frontal et lui permet d’acquérir un sens moral et d’apprendre à faire des choix.

Les neurones miroirs

Par ailleurs, les adultes sont toujours un exemple pour l’enfant, qui les imite via ses neurones miroirs. S’il les voit crier et perdre leurs moyens dans les situations émotionnellement fortes, il reproduit ensuite ce comportement. Il se met en colère, comme eux, adopte des comportements agressifs et peine à réguler ses impulsions et ses émotions au-delà de l’âge où il est censé le faire (5-6ans).

Soyons des parents vigilants

De très nombreuses études montrent le lien entre les gifles et fessées (parfois encore considérées en France comme nécessaire à l’éducation) et de nombreux troubles du comportement, avec le risque à terme, de développer des addictions à l’alcool, aux drogues et des troubles de la personnalité. Il en va de même pour la maltraitance émotionnelle, qui augmente le risque de développer des pathologies comportementales et psychiatriques telle que l’agressivité, l’anxiété ou la dépression. Qu’entend-on exactement par maltraitance émotionnelle ? Tout comportement ou parole qui rabaisse, critique, procure un sentiment d’humiliation ou de honte, qui fait peur, isole, rejette. Punir un enfant, lui dire, en croyant bien faire : « Tu n’es pas gentil ! « ou « Tu es égoïste, paresseux », etc. s’assimile à de la maltraitance émotionnelle. Or, on l’a vu, les humiliations verbales et physiques, le stress ralentissent la maturation du cerveau, freinent l’apprentissage et engendrent des troubles du comportement.

La bienveillance, l’affection, l’empathie constituent donc le socle pour que l’enfant devienne un être humain au sens noble du terme : sociable, coopérant, aimant, libre, pourvu d’une conscience morale et capable de décider de sa vie.

Le cercle vertueux de la communication non violente

C’est en recevant de l’empathie que l’on devient empathique. Lors des stages de communication non violente (CNV), nous recevons de l’empathie. Cette pratique, dont le but est de créer une relation de qualité à soi-même et aux autres, modifie en profondeur notre façon d’être. Pour apprendre à ne plus juger, à exprimer ce que l’on éprouve, à se connecter à ses besoins propres et à ceux des autres. La CNV diminue la violence et favorise la coopération. Les parents comprennent mieux leurs sentiments et ceux de leurs enfants, qu’ils ne critiquent plus, ne jugent plus  et dont ils savent réguler les conflits. Les enfants formés à la CNV s’épanouissent, expriment leurs émotions, leurs souhaits, se comprennent mieux et comprennent les autres, savent dire non à la violence. Ils n’éprouvent plus le besoin de se montrer le plus fort, de dévaloriser l’autre, mais deviennent attentifs à celui qui subit des humiliations et le protègent. Ils ont le plaisir à s’entendre, à coopérer. Les enfants heureux et non stressés sont motivés et curieux. Ils ont envie d’apprendre, de comprendre, d’entreprendre et deviennent créatifs.

Le pouvoir du maternage

Le « maternage » (câliner, prendre soin, sécuriser, rassurer, consoler), qui n’est pas l’apanage de la femme – l’homme sont bien-sûr capables de paterne – ni n’est réservé au bébé – à tout âge, on peut avoir besoin d’être materné – a des effets très positifs sur le développement de l’enfant :
  • Il modifie l’expression d’un gêne qui renforce l’aptitude à résister au stress et densifie les connexions de l’hippocampe (action sur l’apprentissage, la mémoire).
  • Il fait maturer les lobes frontaux, les circuits cérébraux et, de ce fait, agit positivement sur les facultés intellectuelles et affectives.
  • Il augmente la sécrétion du facteur neurotrophique, une protéine vitale pour le développement du cerveau
  • Il fait sécréter de l’ocytocine, qui favorise l’empathie, l’amour, l’amitié, la coopération et diminue l’anxiété
  • Il active le parasympathique, qui régule les émotions, apaise, améliore la faculté de penser et de se concentrer.

Source : L'école des parents N°622

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